Je m’appelle Rémy Rougier et je travaille avec des sportifs sur ce qu’ils vivent dans leur tête quand ça compte vraiment.
La première fois que j’ai entendu parler de préparation mentale, j’étais curieux, mais très vite une question m’est restée en tête : qu’est-ce qu’on entraîne exactement, et comment sait-on si ça se traduit réellement en match ?
Je voyais des techniques, de la respiration, de la visualisation, des exercices de concentration, mais rarement quelqu’un capable d’expliquer ce qui changeait pour le joueur au moment où il doit prendre une décision, gérer le regard du coach ou assumer un moment clé.
Ce flou, je l’ai revu chez presque tous les sportifs avec qui je parlais. Ils sentaient qu’il se passait quelque chose dans leur tête, que leur jeu changeait sous pression, mais ils n’arrivaient pas à mettre des mots dessus, encore moins à s’en servir.
C’est pendant une formation avec Anthony Mette que j’ai eu un déclic. Je lui ai posé une question très simple : comment est-ce que vous montrez que ça impacte le jeu ? Il m’a répondu : si je ne peux pas le montrer, ils ne méditeront jamais.
À partir de là, le mental a cessé d’être une affaire de “ressenti” ou de “confiance”, et a commencé à devenir quelque chose qu’on peut observer, comprendre et travailler de manière concrète. J’ai continué à me former, à me faire superviser et à accompagner des sportifs, en observant leurs réactions, leurs prises de décision, leurs changements d’état avant, pendant et après les matchs.
J’ai compris que le vrai problème n’est pas que les joueurs “manquent de mental”, mais que tout se passe trop vite et sans repères. Sans compréhension du contexte, sans éléments objectifs, le mental devient ce truc intérieur qu’on subit et qu’on juge, à la place de s’en servir.
Aujourd’hui, mon travail consiste à mettre de la clarté sur ce que les joueurs vivent sous pression. On identifie ensemble dans quelles situations ça déraille, quels signaux apparaissent juste avant et ce qui les rend plus fiables dans ces moments-là.
Et ce changement est massif : moins de confusion, plus de lucidité et surtout la sensation de reprendre la main sur ce qui se passait jusque-là dans le flou. Le mental cesse alors d’être un jugement (“j’ai pas le mental”), pour redevenir un outil qui permet de jouer réellement son jeu quand ça compte.